jeudi 14 janvier 2016

Broen ||| Bron - VOSTFR S03 E01 à 10



Broen, ou Bron, est, disons-le tout net, l'une des meilleures séries de ces dernières années. Ceux qui connaissent déjà sont en général fans, les autres... pas de bol, mais après avoir lu cette petite critique, j'espère qu'ils seront convaincus de se lancer.

Pour la première catégorie, les fans, je me bornerai à dire que cette saison 3, qui était un pari risqué avec l'absence de Martin, se révèle aussi bonne que les deux autres. Le "remplaçant" de Martin est vite accepté, l'intrigue est tout aussi tordue que dans les deux premières saisons, avec les rebondissements qui vont bien, l'ambiance générale y est toujours aussi... comment dire... (froide ? sombre ? oui et non, c'est indéfinissable, sans doute que seuls les scandinaves la comprennent), disons donc "crépusculaire", et bien sûr on retrouve la formidable, l'extraordinaire, la génialissime Saga Norén, "Länskrim Malmö", qui est plus que jamais mise au centre de la saison.
C'est d'ailleurs le seul reproche que l'on pourrait faire à l'édition 2015 : son caractère de martien est parfois un peu trop appuyé. Mais ce qui est intéressant, c'est que pour la première fois on fouille un peu dans sa vie, et surtout que le roc de froideur qu'elle symbolise va s'effriter jusqu'à (presque) s'effondrer. On l'adorait déjà avant, elle nous faisait rire, cette fois-ci c'est le contraire, on s'y est tellement attachés que tous les malheurs qui lui tombent sur la gueule auront du mal à empêcher votre petit coeur de se serrer, voire vos glandes lacrymales de fonctionner.

Pour la deuxième catégorie, les pauvres hères qui n'ont encore jamais vu le moindre épisode de Broen, sachez déjà qu'il faudra commencer la série par la saison 1 et pas par celle que j'évoque ici, ce serait une aberration. Broen, une série scandinave comme vous l'aurez deviné, en l'occurrence suédoise, a eu beaucoup de succès à sa sortie, du coup elle a été immédiatement refaite, version USA "The Bridge" et canadienne "Le Pont" (il faudra qu'on m'explique pourquoi il faut refaire une série, si ce n'est parce que la langue ou la culture originelle nous déplaisent ou que l'on estime qu'un américain est suffisamment con pour ne pas comprendre la vie d'un suédois - heureusement qu'on n'a pas eu de version française avec Mimi Mathy ou Caroline Genest)*. Bref, évidemment, les remakes ne sont pas à la hauteur des originaux.

Mais de quoi ça parle, Broen, me direz-vous l'air angoissé et impatient ? Eh bien Broen, c'est du polar macabre et vénéneux, avec un méchant, des victimes, des flics, une enquête.
Les méchants ne sont jamais ceux que l'on croit et restent toujours des personnages que l'on pourrait comprendre ; les victimes sont souvent celles que l'on n'attendait pas, et dans l'un ou l'autre cas on se préoccupe toujours de nous montrer qui ils sont, de les décrire, de nous montrer leur vie ; l'enquête quant à elle est toujours palpitante, il y a souvent des histoires parallèles sans rapport a priori mais qui finissent toujours par nous mener au point commun avec l'enquête. Et il y a dans chaque saison un suspense maousse costaud, des vrais moments de terreur, de surprise, d'horreur, une tension palpable sans relâche du début à la fin, avec cette ambiance nordique typique évoquée au paragraphe précédent : nuit, pluie, neige, brouillard... assez fascinante pour nous autres qui vivont plus au sud.

Quant aux flics, ce sont bien entendu les héros. Il y a en deux principaux, mais tous les seconds rôles sont importants, la vie de chacun étant là aussi souvent évoquée : Saga Norén, suédoise et Martin Rohde (saisons 1 et 2) puis Henrik Sabroe (saison 3), danois, qui doivent collaborer ensemble pour des affaires mettant en cause leurs deux pays.
Et c'est là toute la force de la série, cette mise en commun de deux personnalités improbables, une recette classique dans le cinéma et très réussie ici, avec leur fragilité et leurs contradictions. On rentre de plain-pied dans leurs problèmes personnels, leurs émotions, qui prennent tout autant de place que l'intrigue policière sans jamais la parasiter, et il y a de quoi car ce sont des personnages brisés par la vie, instables, traumatisés, qui font avec, et nous avec eux.

En résumé, Broen est une série à l'univers très particulier, profondément émouvante grâce au développement de la psychologie de tous ses personnages, tous faillibles, imparfaits et loin des clichés. Certes, tout cela est très sombre, mais profondément humain, et c'est cette humanité qui fait que l'on s'y attache tant.

En plus, on apprend des mots de suédois (car évidemment il serait sacrilège de regarder cela en VF, une VF qui n'existe de toutes façons pas). Tack, Bron.

Le pont de l'Øresund, qui sépare le Danemark de la Suède, et Copenhague de Malmö (Google Maps)
* Dernière minute : deux fidèles lecteurs beaucoup plus avertis que ma misérable personne m'annoncent qu'une version française a bien eu lieu ("Le tunnel", qui prend comme point de départ le tunnel sous la manche) et qu'elle est, je cite, "toute pourrie". Sacrée la France.

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