mercredi 20 janvier 2016

Un mort par jour, c'est que du bonheur !

Il se passe en ce moment un phénomène étrange, et cela m'inspire tellement que je voulais l'évoquer r'ici. Depuis quelques jours, les agrégateurs de news, tout comme les réseaux sociaux, s'enflamment (il faut toujours dire "les réseaux sociaux s'enflamment, c'est très à la mode) pour les gens qui meurent.
Cela a commencé après la mort de Bowie, à ce moment-là on n'en avait eu que 3 : Delpech, Lemmy et Galabru. Que Bowie meure le lendemain de la sortie de son album, en plus, ça marquait bien les esprits alors qu'on était juste peinards en train de manger notre 5ème galette des rois.

Et depuis, vas-y que la presse de tout bord se fait un devoir de te piocher dans les morts du jour pour annoncer avec fracas que untel ou une-telle a passé l'arme à gauche, qu'ils soient très connus (Boulez, Ettore Scola) ou beaucoup moins (le guitariste des Eagles, le guitariste des keupons français d'OTH). Et pourquoi pas demain le clarinettiste stagiaire de l'orchestre national de Taïwan, ou le preneur de son du sitcom des années 90, Hélène et les Garçons ?

Alors vas-y que chacun partage à qui mieux mieux l'article sur le mort du jour, en y allant de ses "mon Dieu encore un", ou "tristesse...", ou "c'est la série noire"... la plupart allant même jusqu'à essayer de trouver celui dont on n'a pas encore trop parlé, parce qu'avec un peu de chances il y a en plusieurs par jour.
De prime abord j'aurais eu envie de les héler avec un "hého les moutons ça commence à bien faire, bande de demi-nains !", mais essayons plutôt d'analyser la chose (je vous rassure je ne suis ni psy ni sociologue) : pourquoi ce besoin de parler du mort du jour ?
Peut-être parce que c'est le début de l'année, et qu'en début d'année on imagine toujours ce qui va suivre. En l'occurrence (surtout avec les commémorations de Charlie Hebdo et l'attaque de l'hôtel à Ouagadougou, sans compter les 400 kidnappés en Syrie ou va savoir quoi, il y en a tous les jours), en l'occurrence disais-je, on imagine bien le ou les carnages qui vont suivre : à la gare du Nord, au forum des Halles, au Macdo de la place Clichy, à la Tour Eiffel, que sais-je, en matière de terrorisme il n'y a que l'embarras du choix (et en Province c'est kif-kif, ne vous croyez pas à l'abri, sauf peut-être à Mende ou à Chilleurs-aux-Bois - j'ai choisi ce nom exprès, il existe et il évoque des choses rigolotes).

On évite aussi de penser au marasme économique et social de notre beau pays, à la montée de l'individualisme, de l'intolérance, et allons-y carrément du fascisme, au recul des libertés (ben oui on est en état d'urgence, mais plus personne n'en parle déjà plus) ; ça distrait le chaland de verser quelques larmes sur ces héros morts chaque jour, ça rassure un peu ("moi je ne suis pas mort, au moins") et ça permet de continuer à avancer sans trop se poser de questions...

Bref, ça donne un peu d'optimisme, eh oui, car rien ne fait plus plaisir que de voir crever des gens connus, inaccessibles, et donc que l'on considère inconsciemment comme "protégés" par leur statut. C'est en tout cas nettement mieux que de voir crever des gens comme nous, par exemple des gens qui vont dans des concerts de rock ou boire une bière en terrasse.

Il n'y a pas de moralité à cela, parce que, de fait, on a seulement deux choix : celui évoqué ici, faire l'autruche pour mieux affronter le quotidien, ou se réveiller mais être perpétuellement angoissé quant à son avenir, qu'il s'agisse de sa propre mort ou de celle ses libertés.

Ami lecteur, choisis ton camp (moi, j'hésite) !


2 commentaires:

  1. D'ac à 100% l'ami... Il commencent à nous gonfler avec leur listing

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  2. Bowie en brun, ça va pas du tout...

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