dimanche 20 mars 2016

Hyacca, y'a qu'à.

Les groupes underground post-punk et expérimentaux japonais doivent beaucoup à un label créé par un anglais, Call & Response, et j'avoue que c'est souvent grâce au blog tenu par son fondateur, Clear & Refreshing, que j'ai l'occasion de découvrir de nouvelles pépites, la plupart signées chez lui évidemment, mais pas seulement.

Hyacca a fait partie de ses poulains (le groupe semble séparé aujourd'hui). Groupe post-punk originaire de Fukuoka, dans le sud du Japon, ils ont sortis deux albums il y a 7 ou 8 ans, à mi-chemin entre no-wave et post-punk, énergiques et puissants. "Sashitai", le premier, est plus abordable que "Hanazono", aux sonorités plus agressives. 

"Uneco", sur "Hanazono" (2009)


"Telephone number" sur "Sashitai" (2007)


La même, filmée par un amateur (ça donne envie, hein ?)


"34 Dance" sur "Hanazono"

On les trouve notamment sur Soundcloud : https://soundcloud.com/hyacca

samedi 19 mars 2016

De mon amour invétéré pour le Japon et ses déviances

Après avoir découvert en 2008 les Polysics, un groupe japonais complètement cinglé, et été fasciné par leur musique unique en son genre (du punk technicolor comme ils le disent eux-mêmes), je n'ai eu de cesse de découvrir d'autres groupes japonais, et autant de sensations fortes dont je n'avais plus l'habitude avec les groupes occidentaux. Ce n'est pas que les groupes japonais soient meilleurs, non, ils sont simplement différents, et cette différence s'avère bien souvent passionnante (peut-être parce qu'on ne comprend rien à ce qu'ils racontent ?)
Je ne suis pas un spécialiste du Japon, c'est un pays où je n'ai jamais mis les pieds et dont j'ai découvert la culture sous un angle autre que le cliché ou l'anecdote rigolote, il n'y a que quelques années. 
Fan de rock underground depuis mon adolescence boutonneuse, j'ai écrit - et j'écris encore- pour des fanzines comme Prémonition, j'en ai fait un pendant quelques années, le PPPzine, et j'ai aussi écrit en 2005 un bouquin sur la "Génération Extrême - 1975-1982 du punk à la cold-wave", sorti chez Camion Blanc. Je ne prétends pas donner des leçons sur l'histoire du rock ou imposer ma science (les goûts et les couleurs, hein), mais s'il y a une seule chose qu'on ne puisse pas me reprocher, c'est mon manque de curiosité.
Je fouille, je cherche en permanence, et depuis que je me suis attaché aux groupes japonais, un constat m'a sauté aux yeux : personne ne parle d'eux, ou si peu. Mon blog n'aura donc pas la prétention de vous présenter un panorama exhaustif du rock au Japon, mais il contribuera un peu, je l'espère, à vous faire partager mes coups de coeur pour des groupes que j'aime, et à promouvoir cette musique très riche.
J'ai grandi avec le punk et la new-wave, le grunge et l'électro, le métal et la noise, le rock gothique et la cold-wave, le post-punk et la shoegaze, l'indus et la brit-pop, voilà donc de quoi je vous parlerai ici quand j'en éprouverai le besoin.

Si vous voulez évoquer vos coups de coeur avec moi ce sera aussi avec plaisir, qu'il s'agisse de groupes actuels ou passés. La musique franchit le temps et l'espace, et la meilleure chose qu'on puisse lui rendre, c'est de la partager.

vendredi 18 mars 2016

Charles de Goal, un grand petit homme qui a oublié d'être connu


Charles de Goal : « Mobilisation / Résistance » [Danger Records]



"C'est dans les vieux pots qu'on fait la meilleure soupe" affirme l’adage. Et comment, mon capitaine, serait-on tenté de dire à l'écoute de ce nouvel album de Charles de Goal ! Mais d'abord un peu d'histoire : Charles de Goal est né à la fin des seventies sur les cendres du groupe punk Coma.

Projet d'un seul homme autour duquel gravitaient divers musiciens, Charles de Goal a sorti en 1980 l'un des albums-phare de la cold-wave française, "Algorythmes", auquel un véritable culte est voué aujourd'hui par bon nombre d'amateurs de cette période. Traits marquants de Charles de Goal, le chant en français, bourré de jeux de mots souvent à double-sens et une musique sombre, rageuse et pessimiste : un mélange improbable donnant une envergure unique à la musique du groupe.

Après quatre albums brillants parus dans les années 80, évoluant peu à peu vers des morceaux un peu plus dansants, pour ne pas dire pop… silence radio. C'est en 2005 que Charles de Goal réapparaît sur le devant de la scène, cette fois-ci sous la forme d'un véritable groupe. Le général et ses lieutenants frôlent la cinquantaine, mais les prestations live, puis l'album qui verra le jour quelques temps après ("Restructuration" en 2008), laissent pantois tous ceux qui s'y frottent.



Cette fois-ci, on est à fond dans l'électro-punk hargneux, la cold-wave ayant été balayée par une énergie débordante. Le succès de Charles de Goal, même s'il reste confidentiel, permet alors au groupe de tourner partout en Europe, de sortir un tribute album en 2009 et d'apparaître sur de multiples compilations, et de rééditer dans une version remastérisée "Algorythmes".

En 2014, le groupe doit faire face au décès subit de son batteur, Jean-Philippe Brouant, ainsi qu'au remplacement de son bassiste. Mais personne n'aura raison du général, et "Mobilisation / Résistance" (un double-album) s'annonce aujourd'hui comme un must : jamais la musique du groupe n'aura été aussi aboutie, plus sombre, plus tendue et plus énervée que jamais, avec même un petit côté "dansant", témoin le single "Blackpool" qui devrait faire guincher bon nombre de petits soldats sous les stroboscopes.



Et bien sûr, il ne faut pas oublier les textes ciselés au cordeau, même si ceux-ci tournent presque exclusivement sur des sujets comme la mort, la guerre et les pires horreurs de l'humanité, sans la moindre once d'optimisme...

A bientôt 60 ans, Charles de Goal marque durablement le paysage rock français, bien loin des conventions, de l'habituelle soupe FM et du marketing, mais toujours plus prêt de l'essence même du rock'nroll : un désir de vie plus fort que tout, avec de la révolte, de la jeunesse (oui !), de l'intelligence et de l'humour (pour ce dernier, un peu moins que d'habitude, ce qui serait le seul reproche que l'on pourrait faire, mais on en connait malheureusement la raison). Bref, cet album fait un bien fou au corps comme au cerveau, alors usez et abusez-en !

> Album sur Bandcamp :
https://dangerrecords.bandcamp.com/album/dr-023-mobilisation-resistance-double-lp


(Chronique parue sur le webzine www.premo.fr)