vendredi 29 avril 2016

I Am a Hero In Osaka

"I Am a Hero In Osaka" est un manga dérivé du fameux "I Am a Hero" tout court, qui après 18 volumes (16 en France) et 4 années de publication, est devenu une série culte (il faudra que je vous en parle un de ces 4, c'est mon manga préféré toutes époques confondues).

Le pitch de "I Am a Hero" ? Un virus fulgurant transforme l'humanité en zombies. Rien de bien extraordinaire me direz-vous, c'est même d'un banal affligeant, vu que dans les histoires de zombies il n'y a que deux explications possible : les morts se réveillent et mangent les vivants, ou un virus (c'est plus plausible) transforme les vivants en morts-vivants qui ont, eux aussi, très faim. Miam miam.

Là où se situe l'originalité du manga de Kengo Hanazawa (dont le héros est son sosie, tiens c'est curieux ça) est de mettre en scène un road-movie survivaliste désespéré (peu de huis clos) dans le Japon contemporain, mais aussi un peu en France, en Corée du Sud et en Italie (tous les lieux existent, on les trouve assez facilement sur Street View), mais surtout d'avoir imaginé des personnages banals mais fascinants par leurs imperfections, et souvent très drôles - et touchants - malgré eux.

Les zombies eux aussi sont un peu différents de ce que l'on a l'habitude de voir : souvent dessinés dans des postures grotesques, désarticulés, avec des scènes d'horreur absolue (on a vraiment peur et c'est parfois très gore). L'étape de transformation est également souvent dessinée et assez impressionnante : l'humain commence à tenir des discours incohérents, il se met à saigner, ses veines saillent et ses yeux s'injectent de sang, tout ce qu'il dit est à la fois drôle, ridicule et effrayant.
Bref c'est un véritable univers décalé, qui glisse au fil des numéros vers une forme de surréalisme, atteignant des sommets de l'absurde difficiles à décrire, mais je vous promets que certains dessins resteront gravés dans votre mémoire.

Bon, j'ai un peu trop parlé de "I Am a Hero", j'en viens donc à "I Am a Hero In Osaka", qui est une série dérivée (en un seul volume, il n'y aura pas de suite) réalisée par Yuki Honda, et terminée fin 2015. Celle-ci conserve donc toutes les bases de l'histoire, même effets pour même cause, mais au lieu de se situer en début d'histoire à Tokyo, c'est à Osaka que l'action se déroule. 


Tacchan, le fiancé de Kozue, en bien mauvaise posture


Les personnages sont très différents de "I Am a Hero", ainsi que l'environnement. Dans cette série, une jeune fille et sa copine sont prises au piège dans un avion en attente de décollage, et le petit copain de la première est lui à moto, tentant de rejoindre sa fiancée.
Comme dans "I Am a Hero" qui mettait en scène un assistant mangaka (tiens donc) trouillard et associal qui essaye de se comporter comme un héros, c'est ici le petit copain qui fait de même pour aller sauver sa belle (et qui devient un vrai héros). Yuki Honda a bien saisi l'ambiance et la psychologie des personnages imaginés par Kengo Hanazawa, et "I Am a Hero In Osaka" est franchement du même niveau que son modèle. On vibre avec ces héros maladroits auxquels on s'identifie immédiatement, on rit de leurs imperfections, on tremble devant les scènes atroces qui les entourent et le chaos généré en quelques dizaines de minutes.

Le dessin de Honda quant à lui est évidemment différent de celui de Hanazawa, mais il en reste assez proche, et très agréable grâce à son réalisme et au fourmillement de détails.

"I Am a Hero In Osaka" n'est disponible qu'en anglais et en lecture en ligne sur le site Mangafox, découpé en sept chapitres, ou en un fichier unique disponible ici (j'ai ouï dire qu'un certain quinquado aurait lui-même créé ce fichier, voilà vraiment un type formidable, même s'il n'a quand même pas pris la peine de le traduire en français, faut pas déconner quand même).


Kozue, l'héroïne, en bien mauvaise posture (bis)

PS : Tout ça donne bigrement envie qu'un mangaka français nous ponde un "I Am a Hero in Limoges" ou un "I Am a Hero in Toulon", il y a matière à... ça serait bien, non ?

mardi 26 avril 2016

Saul, part 2 ("Le fils de Saul")

De "Better Call Saul" au "Fils de Saul" il n'y a aucun pas à franchir, et je ne le franchis donc pas (mon humour a des limites).

Donc, "Le Fils de Saul" a obtenu le Grand Prix du festival de Cannes l'année dernière, et c'est foutrement mérité. Le pitch est simple : à Auschwitz en 1944, un détenu juif reconnaît le cadavre de son fils (planera néanmoins un doute le long du film), et cherche par tous les moyens à le faire enterrer selon les rituels de sa religion.  Evidemment, dans un camp d'extermination où tout cadavre est voué à finir dans des fours crématoires, ce n'est pas la chose la plus facile à réaliser...

Mais cela n'est, au final, qu'un prétexte au film. J'avoue avoir eu une certaine appréhension au moment de cliquer sur "play". On sait à quoi s'attendre avec ce genre de film, on ne le regarde d'ailleurs pas vraiment pour se distraire et encore moins pour se détendre, et si l'on s'attend à voir les scènes les plus horribles que puisse appréhender l'âme humaine, on se demande comment elles seront filmées. Le résultat sera-t-il tout simplement insupportable car trop choquant, ou cela sera-t-il raté et donc extrêmement décevant... car on n'a pas le droit de rater ce genre d'histoire, de ne pas être fidèle à la réalité ou pire encore de la trahir.

Tout est donc centré sur Saul, et la grande réussite du film est de rendre au mieux l'ambiance qui pouvait régner dans un camp de la mort. J'ai lu beaucoup de témoignages et d'analyses sur les camps, mais jamais je n'avais pu appréhender avec autant de justesse (enfin, c'est ce que j'imagine), ce que cela pouvait être. Et j'en ai d'ailleurs été assez étonné : ce que l'on ressent plus que tout, ce n'est pas l'horreur, pourtant omniprésente, mais seulement l'absence de vie, ce qui n'est pas du tout la même chose.

Tout est filmé caméra sur l'épaule, à hauteur de visage, et l'on suit uniquement Saul pendant les 48 heures que dure l'histoire, partout où il va. Derrière Saul, autour de lui, ce sont très souvent des images floues, lointaines. Ce système, qui j'ai cru comprendre a été l'objet de quelques reproches (volonté de faire du buzz, du choc, alors que je pense que c'est tout le contraire), est pourtant à mon sens le plus efficace : il nous met à la place du personnage, nous sommes quasiment dans son champ de vision, et ce qui est flou pour le spectateur n'est pour Saul que scènes banales auxquelles il ne prête plus attention, comme par exemple les corps des gazés, entassés à la sortie de la chambre à gaz ou traînés par les membres du Sonderkommando, dont il fait partie.
Ce ne sont d'ailleurs plus des individus, ce sont des "pièces" comme les détenus les appellent eux-mêmes, comme s'il s'agissait de vulgaires bout de bois. C'est presque ce que l'on ressent : du désintérêt quant à ces visages entr'aperçus, ces vêtements fouillés et collectés, ces rangées d'individus fondus en une masse anonyme sur le point de perdre la vie.
Des pièces.
Et c'est à ce moment-là que l'évidence saute aux yeux : aucun être humain normalement constitué ne pourrait survivre dans un tel environnement sans réagir de cette façon, sous peine de devenir fou. La seule protection mentale possible face à l'abjection, c'est bien évidemment la déshumanisation et l'absence de toute compassion.

Un autre élément marquant du film est l'agitation perpétuelle qui règne dans le camp : des ordres lointains qui claquent, des aboiements de chiens, des coups de feu, des cris, et partout des gens, dans tous les sens. Saul sait où il se déplace, mais pas nous : partout des prisonniers en loques, des SS, des déportés qui arrivent, se déshabillent, tout se mélange, des gens courent, d'autres tracent leur chemin, lentement, c'est un gigantesque bordel qui donne le tournis. On est également saisis par le mélange des nations et des langues : de l'allemand, du hongrois, du polonais, plein de langues et des détenus et des gardiens qui ne se comprennent pas, il faut sans arrêt faire appel à un traducteur, d'où cette impression accentuée de bordel généralisé.

On perçoit enfin, et c'est dans doute là que le film est le plus réussi, la précarité de la vie de Saul : chacun survit, personne n'en a rien à faire de personne, le seul souci étant de vivre. Il n'y a pas d'amis réels, même si l'on ressent parfois une certaine solidarité, ou du moins le besoin de l'autre parce qu'il peut vous être utile dans votre survie, pour les petites magouilles du quotidien. On est très surpris par ailleurs par la relative liberté de mouvement des détenus : Saul fait un peu ce qu'il veut, la scène où il cherche un rabbin parmi un convoi de fusillés (parce que "les fours sont pleins" !), à seulement quelques mètres du lieu d'exécution, est surréaliste, et il manque d'ailleurs le payer très cher.

C'est un fait confirmé à chaque moment : un détenu n'est rien, on le trimbale où on veut quand on est un kapo ou un SS, et tout peut arriver. Saul manque à ce moment-là de se faire éliminer et tout se joue en l'espace de quelques secondes, c'est la chance ou la mort... mais lui ne fait presque rien pour éviter son destin.
On comprend qu'il n'a plus peur, puisque la peur perpétuelle est handicapante, elle devient nuisible à la survie. Alors il en a juste pris son parti, il est comme un bouchon en liège sur l'eau, il ballotte de tout côté au gré des vagues : tant qu'il est en vie, il vit, mais il sait qu'il peut mourir d'un instant à l'autre, selon le bon vouloir du nazi qu'il aura en face ou tout simplement à cause de la malchance.
Alors il essaye, parce qu'il n'a plus rien à perdre. Il n'est plus humain, il est une machine dont le principal souci est de continuer à fonctionner, et il n'a plus de sentiments, comme tous les autres détenus. La seule émotion que Saul délivre à la caméra se situe d'ailleurs à la toute fin du film.

Le fils de Saul est un film marquant que vous ne serez pas prêt d'oublier, et s'il est dans un sens moins "sensationnel" ou horrifiant que la Liste de Schindler (certains lui reprochent de l'être trop, ce que j'ai du mal à comprendre), il n'en est que plus mortifère, vide, impitoyable de froideur. On n'en sort pas bouleversé, non, mais plutôt tétanisé, probablement parce qu'on a mesuré (autant que cela puisse être possible...), ce qu'ont pu ressentir les malheureux passés par ces camps.

Après ça, les effets de caméra, le scénario (l'histoire de cet homme qui cherche juste à donner une sépulture à son fils, geste dérisoire qui lui fait risquer une vie déjà précaire est finalement assez touchante, et même les actes de résistance et de révolte) ou tout ce que l'on veut, passent largement au second plan.



Bande-annonce

Saul, part 1 ("Better Call Saul")

Better Call Saul, saison 2, c'est fini, et cette nouvelle saison a confirmé tous les espoirs que l'on avait pu mettre en la première.

Résumons. Il y a bien longtemps, en 2008, l'une des séries les plus marquantes de son époque voyait le jour : Breaking Bad racontait l'histoire d'un brave type, prof de chimie, embringué plus ou moins malgré lui dans la fabrication de drogue à grande échelle. La grande réussite de la série était due, en partie, aux personnages de second plan et, pour ceux qui nous intéressent ici, en l'avocat véreux Saul Goodman et au tueur froid Mike Ehrmantraut.


Better Call Saul évoque le lent glissement de Saul Goodman, qui n'utilise pour le moment que son vrai nom, James/Jimmy McGill, du statut de petit avocat sans grande envergure, mais malin comme un singe et pas très à cheval sur la loi (un comble pour un avocat), à l'avocat des pires truands dans Breaking Bad. Idem pour Mike Ehrmantraut, que l'on voit ici simple petit employé de parking, et garde du corps à son temps perdu, refusant toute violence, devenir peu à peu tueur sans pitié.

Better Call Saul a déjà duré vingt épisodes et deux saisons, le moins que l'on puisse dire c'est que la série prend son temps, car nos deux héros sont encore très loin de ce qu'ils vont devenir.

Là où la série est très réussie, c'est que tout en conservant la marque de fabrique Breaking Bad (personnages, décors, humour décalé) elle s'éloigne de cette dernière par deux aspects : ici, pas d'ultra-violence ni de gore. Ou plutôt, si, mais de façon latente... ce n'est pas loin, c'est tout près mais seulement suggéré.
Pas de violence donc, et une vraie tendresse pour les personnages, contrairement à Breaking Bad où l'on sentait le plaisir sadique pris par les scénaristes pour détruire et enfoncer leurs héros. Jimmy McGill est souvent touchant de gentillesse, et on le plaint vraiment quand, à cause de ses petites magouilles (toujours réalisées par empathie pour la femme qu'il aime ou juste par "système D" pour éviter les tracas, mais jamais par malveillance), il s'en prend en retour plein la gueule.
Pour Ehrmantraut, c'est pareil. Sa gentillesse débordante pour sa fille et sa petite-fille et son désir de justice excusent ses règlements de compte (toujours sans violence) envers la terrifiante mafia locale, en l'occurrence celle d'une famille que l'on a croisée dans Breaking Bad, les Salamanca.

Les personnages secondaires de Better Call Saul sont ici aussi impeccables et très aboutis. Il y a la petite copine de McGill, parfaite en avocate inflexible mais séduite par le démerdard Saul qui éveille en elle, on l'imagine volontiers, le goût de l'interdit.
Et il y a surtout le frère de Jimmy, Chuck, brillant avocat et réputé comme tel, malheureusement victime d'une terrible phobie (ou maladie ?) : l'hyper-sensibilité à tout rayon électrique ou onde-radio qui lui provoque des maux épouvantables.

Les relations amour/haine  des deux frères, on le comprend vite, vont en grande partie déclencher la chute de McGill. La saison 2 est tout particulièrement consacrée à leur antagonisme, et c'est avec effroi (mais plaisir !) que l'on assiste au drame qui se noue, que l'on pourrait intituler "comment une petite magouille peut dégénérer jusqu'à un règlement de compte impitoyable susceptible de briser une vie"... Règlement de compte en suspens à la fin de la saison, mais on prévoit le pire, évidemment. Difficile aussi, et c'est là que le scénario est fortiche, de voir en l'un ou l'autre des personnages un méchant ou un gentil, chacun ayant ses raisons et ses motivations qui restent très légitimes. Evidemment, on a une préférence pour James McGill, mais on assiste juste impuissant à une longue descente aux enfers.

Concernant Ehrmantraut, la situation est similaire : peu à peu, on comprend vers quoi il glisse, et quand on connaît Breaking Bad, on a hâte de voir à quel moment il va laisser la violence l'envahir, et surtout aussi de ce qu'il va advenir de Hector Salamanca, ici mafieux en pleine forme devenu paralytique bavant dans Breaking Bad.

Difficile de dire par conséquent si Better Call Saul peut susciter chez quelqu'un qui n'a pas vu Breaking Bad, autant d'attrait. Mais en écartant l'aspect préquel et le suspense du "comment vont-ils en arriver là", il reste une galerie de personnages épatante, doublée de scènes bourrées d'un humour impeccable.

Vince Gilligan et Peter Gould, les showrunners de Breaking Bad et Better Call Saul sont de sacrés lascars, et leur univers foutraque, digne du meilleur des frères Coen, fait désormais partie des meilleurs moments télé du XXIème siècle. Vivement la saison 3, que l'on sait désormais confirmée !



vendredi 22 avril 2016

Commentons l'actualité avec un soupir de lassitude

Et si je parlais un peu de l'actualité politique, sociale, patin, coufin ? Hein ? Ben pourquoi pas, après tout tout le monde le fait, alors pourquoi pas moi, d'autant qu'étant en plein accord avec moi-même, je sais bien que j'ai raison.

Donc ces dernières semaines, c'est un fait, on a déjà oublié les attentats de Bruxelles, et plus encore ceux du Bataclan. C'est tellement loin, ça n'intéresse plus personne, vivement qu'il y en ait un nouveau pour qu'on puisse mettre sur Facebook un nouveau logo de soutien avec les victimes.
Sinon, on pourrait signer une pétition "je suis contre les attentats" ou "non au djihad" ou encore "contre l'inanité politique", "pour que chacun soit respecté", "non à la guerre, c'est mal", etc.

L'actualité a surtout tourné autour de Nuit Debout, alors j'y suis allé faire un tour pour voir de quoi ça a l'air, et je me suis aussi pris un peu la tête à ce sujet sur Facebook. Je vous le dit tout net en levant le menton avec fierté : je suis pour, parce que je trouve ça bien que des gens, surtout quand ils sont jeunes, remettent en cause le système. Tout le monde dans sa vie devrait remettre en cause le système, au moins une fois, vous croyez pas ? Parce que ça aide à se sentir fort, libre, et parce que si tout le monde fait ça en même temps, ben ça peut, qui sait, occasionner un vrai changement.

Donc Nuit Debout, c'est un peu le bordel, ça fait un peu crado, il y a un peu de tout, des vieux punks à chien, sales, assis dans la bière renversée, des néo-babas en dreadlocks dont certains jouent de la guitare, des clodos et des tas de zonards, attirés par eux-mêmes. Mais il y a aussi des tas de jeunes (définition : un jeune est quelqu'un qui ne lit pas ce blog), plutôt plus âgés que des lycéens, pas mal de trentenaires, et puis aussi de vieux anars, d'ultra-gauchos, et quelques gens "normaux" (mais bon, l'habit ne fait pas le moine). Il y a aussi plein de photographes et de caméramen, et sans doute, bien cachés, pas mal de flics des RG ou autres.

C'est aussi le bordel parce qu'il y a des "commissions" un peu partout (commission Prison, commission antispécisme, commission féminisme, commission poésie - enfin lui il était tout seul), beaucoup de gens assis par terre en rond qui discutent (bienheureux ceux qui ont un haut-parleur) et qu'on erre un peu là au milieu sans savoir où aller.


Voilà, ça, c'est pour ce qu'on voit. Après, il y a ce que l'on ressent. Eh bien je dois avouer que j'ai ressenti une petite excitation (mentale, pas sexuelle, hein, tss) et un certain optimisme à la vue de toutes ces forces vives, qui se décarcassent, avec leurs moyens dérisoires, pour refaire le monde. Car s'ils ont peu de moyens, ils ont plein d'idées. J'en vois qui rigolent, il y en a d'ailleurs plein qui rigolent et c'est pour ça que je me suis énervé sur Facebook : on peut certes se dire que ce sont tous de gentils naïfs ou de dangereux anars, que tout ça n'aboutira à rien, que tout est tellement pourri et merdique que rien ne sert à rien, et que le cynisme et le désespoir c'est vraiment génial de se vautrer dedans, mais on peut aussi se dire que malgré l'absence d'horizon, il y a cette petite lumière, toute petite, si petite, là dans l'obscurité, et qu'il faut juste trouver un moyen pour l'entretenir, puis l'étendre, jusqu'à ce qu'elle illumine tout.

Une jeune fille de mes connaissances (ma fille en l'occurrence, j'avoue), m'a mis le nez dans mon caca : "tu détestes tout, tu es trop blasé, trop négatif (c'est pas vrai, j'adore le nouvel album des Dandy Warhols !) et moi j'ai besoin d'espoir, même si ça ne sert à rien". Mais elle a bien raison cette petite ! De quel droit nous autres, parents, devrions apprendre à nos enfants que leur vie va être merdique, qu'ils vont devoir souffrir et se battre bien plus que nous ? Ils ont le droit de rêver, parce que le rêve et l'utopie sont les fondements des révolutions, ou des prémices des révolutions, cela a toujours été le cas, on ne se révolte pas avec raison en pesant le pour et le contre, on se révolte parce qu'on a faim ou qu'on a mal. C'est comme quand on fait un enfant. On le fait parce qu'on en a envie, pas parce qu'on se rassure en se disant que ça ne gênera pas trop notre planning très chargé.

Voilà pourquoi il faut soutenir Nuit Debout, même si on n'y croit plus, même si nos combats passés ont été des échecs, même si notre espoir s'est restreint d'année en année jusqu'à aboutir au seul désir de cultiver son jardin sans s'occuper du reste (salaud de Candide).
Et s'ils doivent se prendre un mur dans la gueule, alors laissons-les se le prendre dans la gueule, la prochaine génération réessaiera, et, au final, il y a bien un moment où le mur va tomber, à force de le pousser.


On a aussi pas mal parlé des Panama Papers, et c'est un peu le même son de cloche : d'un côté le rire sardonique "on n'apprend rien, ça changera rien, c'est pas de l'info rien que du buzz" et de l'autre, même si les premiers n'ont pas forcément tort, de vraies preuves de ce que tout le monde sait depuis des lustres... mais on n'avait pas encore de preuves aussi évidentes, avec des papiers, des noms, et tout, c'est ça le point positif. Les choses vont-elles changer ? Là, rien de moins sûr, mais si on peut déjà s'occuper des abattis de deux ou trois enflures, rien que pour ça, ça vaudra le coup de s'enthousiasmer pour le travail qui a été fait. Et petit à petit, à force d'acharnement, ce système pourri jusqu'à la moëlle finira par disparaître, peut-être simplement parce que les futurs candidats, pour être élus, jureront qu'ils feront régner l'ordre et qu'ils joueront leur réélection sur quelques emprisonnements, et qu'à force de ne pas tenir leurs promesses et d'être conspués, ben... ils finiront par les tenir.

Quoi d'autre ? La baffe de Joey Star à l'autre connard ? Il aurait dû lui mettre un vrai pain, quiconque a un peu de bon sens a bien vu que c'était une baffounette pas bien méchante. Bref. Rien à branler, Hanouna est très malin, il a compris tout de suite qu'en montant cela en épingle cela ferait grimper son audimat. Au fond, lui non plus n'en a rien à foutre de cette baffe, seul le pognon compte. Bref. Rien à foutre.

Sinon. Macron et sa femme. Mon Dieu, la femme de Macron, il a donc une femme, c'est dingue. Et ils couchent ensemble, en plus ? Pourtant elle a l'air super vieille. Bon. Rien à foutre.

Ensuite. Nabila fait ses mémoires. Elle a l'air sincère, en tout cas dire qu'elle est trop passée à la télé lui permettra de repasser à la télé et de faire un peu d'argent. Rien à foutre.

Encore. Les candidats aux primaires ou aux présidentielles. Bon. Je m'en fous complètement, on dirait un disque rayé depuis 30 ans.

J'apprends presqu'en direct que Michel Sapin aurait claqué l'élastique de la culotte d'une journaliste. Féministes, révoltez-vous ! Voilà, rien d'autre à dire là-dessus. Et les Femen, on n'en parle plus ? Moi je les aime bien, les Femen, c'est un peu comme Nuit Debout, pas forcément toujours cohérent, mais plein d'espoir et d'un réel désir de faire changer les choses en faisant chier les cons.

Patrick Sébastien s'est pris le chou avec Yann Moix. Ah. J'aime pas des masses Patrick Sébastien à cause de ses chansons ultra-beauf, mais il a un côté sympathique, naïf, que j'aime bien (et puis comme imitateur, il assure). On sent bien qu'il est très empathique en tout cas, alors que Yann Moix... mon Dieu... Yann Moix... Oui il est écrivain et cultivé, mais c'est vraiment tout. il doit se branler devant le miroir en se trouvant super intelligent. Qu'il crève.

Prince est mort. Ben oui ça arrive forcément à un moment ou un autre. Moi, perso, je l'ai toujours haï depuis Purple Rain, et j'étais bien content qu'on n'en parle plus depuis des années. "Everybody loves you when you're dead", chantaient les Stranglers, mais là pour le coup non, je m'en fous, même si c'était un excellent musicien. Je suis bien triste pour ses fans, c'est tout, mais il n'est pas et n'a jamais été dans mon espace culturel.

A part tout ça, il y a eu 800 morts dans un nouveau naufrage. Depuis des années des êtres humains, avec deux bras, deux jambes, un coeur, des envies, des rires, des larmes, crèvent comme des chiens en fuyant la mort et la peur, mais on parle de Nabila, Hanouna ou Prince. Deux entrefilets, pas d'images. Ok.
Ceux qui les tuent veulent aussi nous tuer et continueront à nous refaire le Bataclan, le World Trade Center ou L'aéroport et le métro de Bruxelles. Et nous on continue aussi à vouloir les oublier. Et en faisant ça, finalement, on leur donne raison. Car vu de l'extérieur, c'est pas joli joli, l'image qu'on renvoie.

Allez, face à tout ce marasme, écoutons donc le dernier Dandy Warhols et la nonchalance rigolarde de ce single, Styggo. Fermons les yeux, laissons-nous aller. On n'est pas bien, là, Tintin ?



mercredi 20 avril 2016

Le retour de Lush après 20 ans d'absence

"Blind Spot" EP
Critique


L'amateur de rock qui a roulé sa bosse (traduction "vieux et blasé" ou "quinquado") a ingurgité depuis des lustres des milliers d'albums, et il connaît par coeur les chefs de file des divers mouvements qui se sont succédés au fil des ans. Son niveau d'exigence est aussi devenu proportionnel à la masse de ses connaissances, et son oreille est devenue impitoyable, notamment quand un groupe disparu se reforme quinze ou vingt ans après avoir cessé toute activité. Que ce groupe se contente de refaire quelques concerts, et il est digne de son amour éternel, la cavalcade nostalgique n'ayant pas été ébranlée. Mais que ledit groupe, ô sacrilège, veuille reprendre les choses là où il les avait laissées (non mais quelle arrogance !) et il sera sans pitié. Dans les années 2000, une forte proportion de groupes des années 80 se sont reformés, et dans les années 2010, il semblerait que ce soit de plus en plus le cas de groupe des années 90.
Nous parlons en l'occurrence ici de Lush, le groupe shoegaze le plus brillant de son époque aux côtés de My Bloody Valentine, un groupe qui a délivré d'innombrables pépites ayant marqué la jeunesse du chroniqueur à la peau rèche et au poil dru.
En 2016, Lush s'est reformé. Sans Chris Acland, suicidé et remplacé par le batteur d'Elastica, Justin Welch, mais toujours avec le trio de base : la belle Miki aux cheveux rouges redevenus noirs, l'âme créatrice du groupe Emma Anderson, et enfin Phil King, le bassiste arrivé après le premier album, en 1992. Le groupe s'est réuni et a accouché, à défaut d'un nouvel album, d'un "Blind Spot" qui ne contient que 4 titres. Son effet est immédiat : rien n'a changé. Et tellement rien, que le critique blasé, perplexe, oscillera entre une joie toute naturelle doublée d'un grand "ouf" de soulagement (guitares parfaites, mélodies impeccables, rien de travers), et une déception aussi cruelle que les vingt années passées à attendre (c'est neuf mais ce n'est pas nouveau, alors tant qu'à écouter Lush, autant revenir aux morceaux qui ont façonné sa jeunesse, on a autre chose à faire en 2016).
Le lecteur de cette chronique choisira lui aussi son camp : s'il découvre Lush pour la première fois, il sera probablement séduit et enchanté par cette pop douce-amère brillante et originale, ce qui l'encouragera à se tourner très vite vers les albums originels. S'il ne les découvre pas, ces quatre malheureux morceaux ne l'empêcheront pas de se dire que, quand même, c'était mieux avant, simplement parce qu'avant, c'était avant. Et que lorsqu'on prend de l'âge, la mélancolie et la nostalgie prennent le pas, souvent bien malgré soi, sur la raison.

Petit précis historique


Lush est un groupe anglais, produit typique de l'Angleterre, le pays qui a vu naître les Beatles et dont la tradition mélodique va de pair avec l'inventivité et la hype, sans jamais délaisser la colère ou la rébellion.
A la fin des années 80, l'Europe s'ennuyait à mourir : la new-wave s'était considérablement affadie, le punk était bien loin et plus rien d'excitant ne sortait des ondes. Mais d'un seul coup, vers 1988, on vit apparaître simultanément des gens qui voulaient bouger, danser, suer et ne penser à rien : la house music était née et d'innombrables groupes réputés sombres se mirent à se teindre aux couleurs de l'arc-en-ciel.
En parallèle, d'autres, sans doute plus cérébraux, réinventaient le bruit en électrisant leurs guitares comme personne ne l'avait jamais fait : le larsen devenait un art, et il permettait à ceux qui l'utiliser de se concentrer sur leurs pédales d'effet sans jamais avoir à affronter le public les yeux dans les yeux. Ces groupes étaient constitués de doux rêveurs, de garçons et de filles profondément désabusés, encore très "new-wave" par le côté sombre de leur musique, mais désireux de sensations fortes et d'une énergie éuphorisante dénuée de toute agressivité, véhiculée donc par les guitares.
Le mouvement "shoegaze" était né (voir mon article sur DIIV).



Baby Face se forme en 1987. C'est un quintette londonien de trois filles et deux garçons. Après avoir laissé la chanteuse Meriel Barham prendre la tête des Pales Saints, qui auront aussi leur heure de gloire, il se renomme en Lush.
Plusieurs EPs vont les propulser très vite parmi les incontournables de ce nouveau moment musical très particulier, inédit dans l'histoire du rock, qu'on nomme pour le moment noisy-pop. Sans compter que Lush a en plus pour lui cette alternance de voix féminines éthérées unique en son genre.
Ils seront parmi les premiers à sortir un album, Gala, simple compilation de leurs singles, sur le mythique label 4AD qui sent bien, dès le départ, que cette nouvelle musique va durablement compter. D'autres suivront : Ride, My Bloody Valentine, Chapterhouse, Swervedriver...

En 1992, Lush sont véritable premier album, "Spooky", très attendu et peut-être un peu trop car il ne reçoit pas les éloges auxquelles tout le monde s'attend. Reste qu'aujourd'hui, on ne comprend pas trop pourquoi, car l'album est tout simplement formidable. Puis le groupe change de bassiste, et deux albums vont suivre, qui délaissent peu à peu les larsens pour une pop de plus en plus lumineuse et accessible à monsieur tout le monde. "Split" en 1994, puis "Lovelife", en 1996 achèvent de les consacrer stars planétaires de cet "indie rock" devenu un courant musical normé. En 1996, c'est également la sortie de "Topolino", excellente compilation de faces B digne d'un album à part entière.

Mais les choses se gâtent. Emma, fatiguée, envisage de quitter le groupe et donc de mettre à l'aventure Lush. Elle n'aura pas le temps de prendre sa décision car à l'issue d'une tournée américaine, à la fin de cette même année 1996, survient un drame brutal : Chris Acland, le batteur, se suicide par pendaison. Lush cesse alors toute activité, et l'annonce de la fin du groupe en 1998 ne surprend personne.

L'époque a de toutes façons changé, et l'on peut légitimement se demander si la musique de Lush aurait survécu à la fin de la britpop qui, avec Blue, Suede et consorts, va disparaître à la fin des années 90 au profit des revivals "rock", électro d'un côté et post-punk de l'autre, qui vont mener la danse pendant les années 2000.
Chaque membre continuera plus ou moins dans l'industrie de la musique, sans rien de notable et en toute discrétion.

Voilà pourquoi la reformation de Lush, annoncée fin 2015, a entraîné chez tous les quinquados nostalgiques de cette période un véritable enthousiasme.
A titre personnel, c'est pour moi le souvenir d'une interview dans une chambre d'hôtel du Marais, avec Emma et Chris, et de deux choses qui m'ont marqué : lorsque je leur avais montré l'album que je venais d'acheter (The Slits - Cut) et qu'ils le passaient le soir-même chez Lenoir sur France Inter où ils étaient invités à faire la programmation, et le regard horrifié de Chris à ma question "avez-vous déjà pu imaginer que Lush puisse s'arrêter un jour" (question très con vu qu'ils étaient en pleine ascension).



Quelques superbes pochettes dont certaines signées V23, marque de fabrique du label 4AD

Quelques morceaux phares

Sweetness and light ("Gala")


Superblast ("Spooky")


Hypocrite ("Split")



Ladykillers ("Lovelife")


Out Of Control ("Blind Spot")


lundi 18 avril 2016

Deadpool, un anti-super-héros pas assez anti

J'ai beau avoir lu des Marvel dans ma jeunesse et avoir été fasciné par Iceman, l'homme de glace, j'avoue que les super-héros, c'est pas trop mon trip ce truc. Ok, j'ai vu les Batman, les Superman, les 4 fantastiques, Wolverine, Spiderman, quasiment tous, mais à chaque fois j'ai la même impression : pas mal, distrayant, mais rien qui me scotche vraiment à mon fauteuil, contrairement à d'autres univers délirants et en particuliers les zombies (on ne se refait pas).

Bref, j'ai vu Deadpool, le super-héros pas héroïque, cynique comme pas possible, bourré d'humour noir, pas du tout politiquement correct et... ça m'a presque fait le même effet. Je précise que n'étant pas archi-fan de Marvel, je ne connaissais pas ce personnage, et j'ignorais tout de son existence en tant que héros de comic. C'est sans doute ce qui a dû déterminer mon impression, peut-être que si vous, ami lecteur, le connaissiez déjà, ainsi que tous les autres personnages, vous n'aurez pas le même avis que moi.

Donc. Si le personnage est plutôt sympathique et l'idée de sa création très originale, il a quand même pas mal de défauts : d'abord, il est déjà cynique avant de devenir un super-héros, donc on perd un peu l'intérêt du truc. De plus, on ne sait rien sur lui, sur sa vie, qui il est... rien du tout, hormis qu'il est amoureux et qu'il a un cancer. Bon, admettons. Ensuite, sa transformation est carrément tirée par les cheveux. L'histoire de haine entre lui et Ajax est assez incompréhensible, on ne sait pas d'où sort le professeur Killbrew, qui veut le transformer, on ne comprend pas vraiment pourquoi lui et Ajax se mettent à se détester alors que l'un était censé venir en aide à l'autre. Idem pour ses relations avec les deux autres super-héros, Colossus et Negasonic Teenage Warhead : on ne comprend pas bien s'ils sont amis ou ennemis... bref tout ça est un prétexte à des scènes d'action, et c'est bien dommage.

Ensuite, la première partie du film est bavarde, mais bavarde, trop bavarde à mon goût, même si c'est pour faire de l'humour et même si c'est entrecoupé de scènes hyper-violentes. Et au final, le film n'est pas très très drôle dans l'ensemble, la vulgarité assumée du personnage est limite saoûlante et s'il y a de bons moments quand même et de vrais traits d'humour (lorsqu'il se libère de ses menottes), on aurait aimé (j'aurais aimé) que ça aille plus loin, il y en avait la possibilité, que ce soit dans le cynisme ou dans le trash.

Enfin, sans la baston, plus de film : tout est axé là-dessus, et il y en a un peu trop à mon goût, et c'est un peu trop caricatural aussi, hormis la scène finale, impressionnante.

Bref, Deadpool n'est pas un film raté, mais ce n'est pas un chef d'oeuvre non plus, et c'est bien dommage, tout ça reste trop en surface et un peu plus de folie et de psychologie n'auraient pas fait de mal. Sans compter que si le film ne s'adresse qu'aux afficionados de l'univers Marvel, c'est un peu dommage de laisser de côté tous les autres spectateurs...



Trailer

vendredi 15 avril 2016

Burgh ou le revival post-punk Made In Japan

Sous ce joli nom qui ne signifie apparemment rien (hormis une "entité administrative", merci Wikipédia, ou peut-être une onomatopée proche du burp, va savoir), se cache un groupe japonais, précédemment dénommé Hysteric Picnic (là, on comprend mieux), qui avait déjà sortis quelques EPs. 

"All about Techno Narcisse" leur premier album, est sorti fin 2015, mais évidemment il a fallu qu'il traverse la planète pour arriver jusqu'à nous. Dès les premières notes, on est saisis par la maturité de l'ensemble. Une guitare sixties pleine de reverb qui semble sortie des Dead Kennedys, une basse grave et chantante, un chanteur qui s'époumone, le tout joué très vite, comme si leur vie en dépendait (dix morceaux, 29 minutes)... Nous voilà renvoyés au début des années 80, dans un post-punk enfiévré, urgent, sombre, pour une série de morceaux aux mélodies immédiatement accrocheuses ("Tonight", un sacré tube)...
Avec Burgh, on plonge dans un passé remis au goût des jours dans les années 2000 avec des gens comme Interpol et Editors pour le côté noir et énergique, mais sans le romantisme ou l'aspect policé, et avec plus de hargne et de rugosité. Moins de désir de plaire, c'est sûr, quelque part entre Birthday Party, The Fall, les Dead Kennedys mais aussi des choses moins connues comme Spizz Energy. A ranger aux côtés de Rats on Raft (auxquels ils ressemblent bigrement) ou de Pop 1280., nouveaux hérauts d'un post-post-post punk bourré de feeling et qui prouve aujourd'hui, plus que jamais, qu'il est un genre à part entière.

Une belle découverte pour un disque qui, sans réinventer la poudre, s'avère d'une efficacité redoutable et qu'on n'oubliera pas aussi vite que certains autres plus connus.



Disque disponible en import, téléchargement ou écoute sur Deezer, iTunes, Spotify...

De l'art de faire un titre

Les tics journalistiques sont assez amusants, voici ce qu'on peut lire aujourd'hui dans nos valeureux journaux z'en ligne... :
  • Attentats de Paris : "Planquez-vous !" : les glaçants dialogues de la tuerie du Bataclan - L'Obs
  • Tuerie du Bataclan : un enregistrement dévoile les mots des terroristes - Europe 1
  • Attentats de novembre: Un enregistrement révèle les glaçants dialogues du Bataclan - 20 Minutes
  • L'enregistrement terrifiant de la tuerie du Bataclan - ladepeche.fr
  • "Lève-toi ou je te tue !" : les glaçants dialogues du Bataclan - Les Inrocks
  • Attentats de Paris : les terrifiants dialogues de l'attaque du Bataclan - le Parisien
  • Un nouvel enregistrement audio raconte le massacre du Bataclan - Le Figaro
  • “Lève-toi ou je te tue!”: un glaçant enregistrement de l’attaque du Bataclan remis à la justice - FranceTV info
  • Attentats de Paris: les dialogues glaçants de la tuerie du Bataclan - BFMTV
  • Attentats de Paris : un document exceptionnel retrace les glaçants dialogues de l'attaque du Bataclan - Atlantico
AND THE WINNER IS... GLAÇANT !!!

Mes félicitations à ladepeche.fr et au Parisien qui ont sciemment évité les termes à la mode, et un grand bravo à Europe 1 et au Figaro qui ont préféré la sobriété au racolage.


jeudi 14 avril 2016

"Making A Murderer", la justice dans toute son horreur

Making A Murderer est un documentaire au format rarissime, puisqu'il se regarde sur dix épisodes, montés comme une vraie série télé. Plus qu'un documentaire, c'est même un thriller haletant, qui se regarde avec fascination et stupeur, tant les rebondissements de cette affaire sont incroyables... mais vrais ! Ce format a été choisi par les réalisateurs pour une raison simple : la masse de documents audio et vidéo est telle qu'elle le permet aisément, et qu'il aurait été dommage de réduire cette histoire à un format plus classique d'une heure ou deux.

Résumons : en 1985, Steven Avery, un plouc du Wisconsin, le genre qui ne connaît pas le rêve américain et qui vit dans une roulotte et travaille dans une casse autos, est arrêté et condamné pour un viol qu'il n'a pas commis. Steven est un brave type, gentil mais rustre, et bien sûr lui et sa famille sont un peu considérés comme des pestiférés par les autorités locales. Jusque-là, rien d'extraordinaire, sauf qu'il est le coupable tout trouvé dans cette affaire. La police va tout faire pour l'accuser, négligeant toutes les autres pistes. Steven clame son innocence, et il va la clamer pendant 18 ans, jusqu'à ce qu'il soit acquitté et libéré sur la foi d'un test ADN, preuve incontestable de son innocence.

Jusque-là, je ne vous ai rien dévoilé, cet épisode de 18 ans, déjà bien révoltant, tient sur le premier épisode de Making A Murderer.

En 2003, Steven est donc libéré, et il tente de reconstruire sa vie devant les caméras. Bien conseillé, il va aussi intenter un procès à ceux qui ont tout fait pour voir en lui le criminel qu'il n'est pas, et il va réclamer beaucoup d'argent.

Du coup, il devient une espèce de héros de la liberté dans tous les médias américains, et tout le monde prend fait et cause pour lui, montrant du doigt la police de son comté qui n'apprécie pas, mais alors pas du tout, être mise ainsi au ban de l'opinion publique.

Il faut dire qu'en regardant tout ça, c'est très clair : les flics, du plus bas au plus haut niveau, sont de vrais ripoux.
En 2005, rebelote : Teresa Halbach, une jeune femme de 25 ans, est assassinée, et le dernier endroit où on l'a vue, c'est chez Steven. Pas de bol. A partir de cet instant, c'est une plongée dans un gouffre sans fond que va vivre Steven. Il est accusé de meurtre, et passe du statut de héros à celui de personnage immonde pire que tous les serial killers de la planète. Tout le long de l'enquête et des procès, le sort va s'acharner contre lui, y compris en la personne de son neveu Brendan, un pauvre garçon de 16 ans à la limite de la débilité. Lui aussi va être emporté dans le tourbillon : il affirme d'abord avoir participé au meurtre (l'interrogatoire mené par les flics est absolument hallucinant, on voit à quel point ceux-ci lui font dire n'importe quoi), puis il se rétracte, réaffirme, se re-rétracte, bref il va finir en co-accusé, considéré comme un être aussi monstrueux que son oncle.

La casse auto des Avery :

J'ai rarement eu autant envie de crier ma révolte devant ma télé, les évidences sont tellement criantes quand on regarde les interrogatoires, la façon dont est manipulé Brendan, celle dont les avocats de l'accusation écartent des faits d'une importance capitale, celle dont les avocats de la défense, pourtant phénoménaux d'intelligence et de talent, vont être écartés de tout un système pourri jusqu'à la moëlle. On est abasourdis : flics, juge, procureur, et même le premier avocat de Brendan (qui est pourtant censé le défendre !) refusent d'écouter les évidences et creusent du mieux qu'ils le peuvent le cercueil des deux hommes, fermés à tout autre argument, si bien qu'on en vient très vite à la conclusion que c'est un coup monté.

Sans être habitué des affaires criminelles télévisuelles ni féru de droit, on voit tout de suite, rien qu'à la gueule des flics (ou celle de l'avocat véreux de Brendan qu'on a envie de gifler tellement il a l'air con), qu'ils sont tous malsains, vicieux, menteurs et manipulateurs. Toutes les preuves que Steven est innocent sont là, dans les images que le spectateur peut visionner, y compris dans ses conversations téléphoniques privées avec sa famille, où toute l'incompréhension et l'injustice dont il est victime ressortent de chaque mot.

Reste qu'il subsiste un mystère opaque : qui a tué la jeune Teresa ? On a quand même du mal à imaginer que ce soient les flics, mais tous les hasards malheureux qui accusent Steven de ce meurtre sont tellement à charge qu'on se demande si ce n'est pas le cas.

Aujourd'hui, Steven et Brendan sont toujours en prison. Le web regorge de messages de soutien (et quelques-uns de haine, aussi), il semblerait que la planète entière se soit passionnée pour cette affaire, et ce n'est pas prêt de s'arrêter.

Bref, la meilleure série de ce début d'année n'est pas une série, c'est un documentaire, et je vous le conseille fortement. Une fois que vous l'aurez vu, venez en discuter !


Trailer en anglais
(la série est dispo sur Netflix en français)

dimanche 10 avril 2016

The Walking Dead saison 6

Et voilà, la sixième saison est terminée, laissant des hordes de fans transis se jeter sur la deuxième saison de Fear The Walking Dead, le "semi-préquel" de The Walking Dead.

Avec cette sixième saison, on prend conscience que plus rien ne risque d'arrêter la série, il y en aura probablement, 7, 8, 10, peut-être qu'on ira jusqu'à 15 ou 20, va savoir ! Le comic dont la série est adaptée n'est toujours pas fini lui non plus et il est déjà bien en avance sur elle, donc tous les espoirs sont permis.

le trailer de la saison 6 
(juillet 2015, houla que ça semble loin)


Alors que dire sur cette saison 6 ? Un grand cru, les saisons se sont bonifiées au fur et à mesure de leur déroulement, et celle-ci ne faillit pas à la règle. toujours à mi-chemin entre adaptation fidèle du comic, au mot près, et liberté totale mais inspirée de celui-ci, elle a trouvé son rythme de croisière.

Après toutes ces années passées à errer de refuge en refuge, la petite troupe de survivants, qui perd régulièrement un ou deux héros par saison, sans pitié pour le spectateur, s'est stabilisée. Ils ont retrouvé un semblant de vie citoyenne, ils sont organisés, protégés des zombies et des méchants, mais voilà, ils avaient tout affronté sauf de très très méchants beaucoup plus forts qu'eux.

Quand on a lu le comic, on sait de qui il s'agit : Negan. L'ignoble et terrifiant Negan. Les zombies, eux, hormis au début de la saison lorsqu'ils sont entassés par milliers dans une carrière en cul-de-sac, sont quasiment invisibles. Ils se font trucider en 3 secondes par des humains organisés qui n'ont presque plus peur d'eux, ils sont devenus une toile de fond, des empêcheurs de tourner en rond mais rien de plus, ils ne sont plus un danger mortel. Ce sont maintenant les humains qui sont dangereux, et c'est ça qui est très bien fait : les querelles de pouvoir, les egos qui se manifestent, les rôles de chacun, leurs relations, individuelles ou communautaires.
Rick est toujours au centre, il est devenu dur et sûr de lui, mais il reste faillible, et tout tourne autour de ses décisions, appliquées avec foi ou à reculons.

Les scénaristes ont su ménager le suspense : Negan est attendu depuis le premier épisode, il n'arrive qu'au dernier, mais ont voit apparaître régulièrement ses hommes (et ses femmes !), qui se prennent constamment des ratatouilles... sans doute pour nous tenir en haleine : on sait ce que Negan va faire si on a lu le comic, et si on ne l'a pas lu, on s'en doute dès le départ. Le malaise plane, et toute cette saison est basée là-dessus : une grande ombre envahit le ciel, on se doute que tout va très mal finir.

L'ultime épisode le confirme : il va y avoir un drame hé-naur-me. Un site web a même dévoilé ce qui s'est passé, arguant que la série ne suit pas toujours le comic (et c'est vrai, j'avais même oublié qu'un personnage-clé était tué dans le comic mais pas dans la série, ils en ont mis un secondaire à la place - d'ailleurs vous verrez, ça laisse abasourdi), et que donc on pouvait l'annoncer puisqu'on n'était pas sûr que ça allait être pareil dans la saison 7.
Ben voyons. Mais pas de doute là-dessus : si rien n'est VRAIMENT dévoilé, difficile de croire qu'ils vont dévier l'histoire à ce point-là.

En conclusion, tremblez mortels, si vous n'avez pas encore vu la saison 6 vous pouvez y aller avec délectation. Si vous n'avez vu aucune saison vous pouvez y aller aussi, en sachant que vous ne verrez pas là une simple histoire de zombies, mais toute une analyse des rapports humains et de la société. Et si vous n'avez pas non plus lu le comic, les deux ne sont pas incompatibles, chacun mettant en avant des aspects qui lui sont particuliers !
Allez, une (toute petite) critique pour moi néanmoins : le Negan de la série m'a un peu déçu, l'acteur choisi étant moins effrayant que le colosse sadique imaginé sous le crayon.

N'empêche. Vivement la saison 7.

Negan, mais vous ne le verrez qu'à la toute fin...
(et cette image, spoil ou pas spoil ?)

vendredi 8 avril 2016

Lihappiness, orfèvre d'une électro inventive et moderne

Autant vous prévenir tout de suite : Lihappiness n'est pas distribué via une maison de disques. Vous ne trouverez pas ses albums, ni à la Fnac ni sur HMV Japon ni sur iTunes. Par contre, et c'est le miracle de l'Internet, vous pourrez vous les procurer pour un prix modeste sur Bandcamp, ou Lihappiness les propose en téléchargement, et aussi les écouter gratuitement.
Donc n'ayez aucune raison de vous en priver, le gars qui se trouve derrière ne compte pas vivre de la vente de ses disques : tout ce qu'il veut, c'est qu'on écoute sa musique. Alors parlez-en autour de vous, partagez ce billet ou ses albums, faites un geste quoi, remuez-vous !

Résumons : Lihappiness est donc le projet d'un seul homme, un Japonais qui cultive le mystère car vous ne connaîtrez ni son nom ni son visage. Il a sorti depuis quelques années trois albums très novateurs d'une électro expérimentale euphorisante, brillante, intelligente, tantôt destroy ou angoissée, tantôt sereine et lumineuse. Difficile de décrire ces albums, tant les morceaux partent dans toutes les directions, sans toutefois délaisser un style bien à eux. On restera sur les deux derniers "2nd Pattern" en 2014 et "Shiyo" en 2015, après un premier essai encore trop brouillon en 2011 malgré de bons moments (Shiko Kairo).


Ses influences sont manifestement très larges, tant dans les genres que dans les époques, et le garçon les a digérées avec talent, mixant tout cela dans un grand shaker pour en ressortir un mélange unique bien à lui : on pense à Leather Strip et d'autres groupes industriels "durs" quand il accentue la rythmique martiale (Fun Fun Fun, Tetto, Sanka Beat), à Simple Minds (ceux des origines) quand il est d'humeur planante (Toko), aux expériences d'Orchestral Manoeuvres In The Dark, à Aphex Twin, aux Polysics, au Yellow Magic Orchestra, à Kraftwerk, à tout groupe ayant un jour ou l'autre tâté du synthé avec talent... Il y a aussi là-dedans, très probablement, des choses qui nous échappent un peu à nous autres européens, des influences typiquement japonaises, inconnues dans nos contrées (c'est le seul pays où les mélanges des genres vont aussi loin), parfois même un petit côté jazzy ou soul comme les choeurs et les cuivres du génial Coba ou le très allumé 67046.

Ecouter Lihappiness, c'est la garantie de vous remettre instantanément de bonne humeur. Il y a dans sa musique, malgré un côté mélancolique évident, un sentiment de plénitude et de joie (Yurameite Iku, Mada) qui se dégage et vous emporte, bref c'est un vrai bonheur à écouter !



mercredi 6 avril 2016

Henry Rollins n'est pas mort : "He Never Died"

Pas grand chose à me mettre sous la dent ces dernières semaines, et j'ai même failli abandonner ce blog, c'est dire (et d'ailleurs je l'ai même pré-dit quand je l'ai créé, c'est terrible l'absence de confiance en soi, en soit). J'essaye de m'y remettre.

Donc j'ai visionné récemment, sans savoir où j'aventurais mon esprit fatigué, un film sorti il y a l'an dernier, "He Never Died", de Jason Krawczyk. Les quelques lignes de résumé avaient de quoi me plaire : un cannibal immortel qui doit retrouver sa fille enlevée par des méchants, ça avait l'air bien appétissant. Mais surtout, le premier rôle : Henry Rollins ! Maître Henry Rollins !!!

Vous ne connaissez pas ? Ce type est l'incarnation même de l'underground américain depuis 30 ans, un petit génie, devenu une référence pour tout bon journaliste qui cherche à faire un papier sur le punk des années 80 ou le grunge des années 90, une sorte de John Lydon d'outre-Atlantique, un mec en qui on a confiance, qui est resté pur, qui en a vu des vertes et des pas mûres au sein de Black Flag puis du Rollins Band ; un type qui a une grande gueule et une sacrée carrure, qui aime se confier et dire ce qu'il a à dire sans concessions, enfin quelqu'un qui connaît tout le monde et qui, va savoir pourquoi, est préféré à une Courtney Love ou à d'autres anti-héros trop douteux ou inconstants.

Bref, Rollins, n'a pas choisi d'être ce qu'il est, et à 50 balais bien passés, qu'il fasse l'acteur dans ce film qui a tout l'air d'un nanar de seconde zone est un argument de poids pour se jeter goulûment dessus. De fait, Rollins est aujourd'hui acteur à part entière car il a tourné dans une cinquantaine de films depuis les années 90.

Mais revenons sur "He Never Died" : Le héros est un type fatigué, perpétuellement fatigué. Il est seul, mange des flocons d'avoine et boit de l'eau. Bizarre, parce que c'est un costaud a l'air rébarbatif, il ne ressemble pas à une midinette. Et puis les choses vont se déglinguer : des gens très méchants vont essayer de lui faire la peau, ils vont kidnapper sa fille (il ignore qu'il en a une, c'est son ex qui le prévient), puis, plus ça va se déglinguer, mieux on va comprendre.

Jack, notre héros, va peu à peu révéler qui il est, et se montrer sous son vrai visage. Il n'est pas seulement cannibale, mais aussi vampire (ben oui, manger c'est bien mais il faut boire, aussi, pour faire des repas équilibrés). Et puis il est immortel, et depuis longtemps, mais alors vraiment très très longtemps. D'ailleurs, il annonce lui-même (attention, mini-spoil) qu'il y a son nom dans la bible, c'est dire.

Toujours pas convaincus ? Allez, toute cette histoire n'est pas ce qu'elle a l'air d'être, c'est à dire un nanar mal foutu et débile avec castagne et hémoglobine. En fait, c'est un nanar super bien foutu et humour rigolard énième degré (pas débile, donc), avec castagne (c'est même très très violent) et hémoglobine (c'est même très très dégueu). Et on se marre. Je me suis marré du début à la fin malgré l'absence d'humour "évident". A cause de la crétinerie des méchants, complètement dépassés, à cause du personnage de Jack, qui a vraiment l'air de se faire ch... tout le temps, qui est blasé comme jamais, et qui serait un gros nounours taciturne (la serveuse qui est amoureuse de lui ne s'y est pas trompée) si on ne faisait pas tout pour nous l'énerver.

Evidemment ce genre de film ne s'adresse pas à tout le monde, mais quand on aime, c'est une franche réussite, on y prend un vrai plaisir potache et régressif, et carrément intellectuel aussi pour la dimension psychologique des personnages. D'ailleurs depuis le comics The Walking Dead, on sait qu'on peut parler intelligemment de zombies, non ?

Le trailer du film (en anglais)

Et pour le plaisir, juste comme ça, deux morceaux de Black Flag avec Rollins au chant :


"TV Party", une vidéo "officielle"

"Rise Above" (tiens, il s'est rasé la tête),
en concert (ah, c'était le bon temps)