jeudi 14 avril 2016

"Making A Murderer", la justice dans toute son horreur

Making A Murderer est un documentaire au format rarissime, puisqu'il se regarde sur dix épisodes, montés comme une vraie série télé. Plus qu'un documentaire, c'est même un thriller haletant, qui se regarde avec fascination et stupeur, tant les rebondissements de cette affaire sont incroyables... mais vrais ! Ce format a été choisi par les réalisateurs pour une raison simple : la masse de documents audio et vidéo est telle qu'elle le permet aisément, et qu'il aurait été dommage de réduire cette histoire à un format plus classique d'une heure ou deux.

Résumons : en 1985, Steven Avery, un plouc du Wisconsin, le genre qui ne connaît pas le rêve américain et qui vit dans une roulotte et travaille dans une casse autos, est arrêté et condamné pour un viol qu'il n'a pas commis. Steven est un brave type, gentil mais rustre, et bien sûr lui et sa famille sont un peu considérés comme des pestiférés par les autorités locales. Jusque-là, rien d'extraordinaire, sauf qu'il est le coupable tout trouvé dans cette affaire. La police va tout faire pour l'accuser, négligeant toutes les autres pistes. Steven clame son innocence, et il va la clamer pendant 18 ans, jusqu'à ce qu'il soit acquitté et libéré sur la foi d'un test ADN, preuve incontestable de son innocence.

Jusque-là, je ne vous ai rien dévoilé, cet épisode de 18 ans, déjà bien révoltant, tient sur le premier épisode de Making A Murderer.

En 2003, Steven est donc libéré, et il tente de reconstruire sa vie devant les caméras. Bien conseillé, il va aussi intenter un procès à ceux qui ont tout fait pour voir en lui le criminel qu'il n'est pas, et il va réclamer beaucoup d'argent.

Du coup, il devient une espèce de héros de la liberté dans tous les médias américains, et tout le monde prend fait et cause pour lui, montrant du doigt la police de son comté qui n'apprécie pas, mais alors pas du tout, être mise ainsi au ban de l'opinion publique.

Il faut dire qu'en regardant tout ça, c'est très clair : les flics, du plus bas au plus haut niveau, sont de vrais ripoux.
En 2005, rebelote : Teresa Halbach, une jeune femme de 25 ans, est assassinée, et le dernier endroit où on l'a vue, c'est chez Steven. Pas de bol. A partir de cet instant, c'est une plongée dans un gouffre sans fond que va vivre Steven. Il est accusé de meurtre, et passe du statut de héros à celui de personnage immonde pire que tous les serial killers de la planète. Tout le long de l'enquête et des procès, le sort va s'acharner contre lui, y compris en la personne de son neveu Brendan, un pauvre garçon de 16 ans à la limite de la débilité. Lui aussi va être emporté dans le tourbillon : il affirme d'abord avoir participé au meurtre (l'interrogatoire mené par les flics est absolument hallucinant, on voit à quel point ceux-ci lui font dire n'importe quoi), puis il se rétracte, réaffirme, se re-rétracte, bref il va finir en co-accusé, considéré comme un être aussi monstrueux que son oncle.

La casse auto des Avery :

J'ai rarement eu autant envie de crier ma révolte devant ma télé, les évidences sont tellement criantes quand on regarde les interrogatoires, la façon dont est manipulé Brendan, celle dont les avocats de l'accusation écartent des faits d'une importance capitale, celle dont les avocats de la défense, pourtant phénoménaux d'intelligence et de talent, vont être écartés de tout un système pourri jusqu'à la moëlle. On est abasourdis : flics, juge, procureur, et même le premier avocat de Brendan (qui est pourtant censé le défendre !) refusent d'écouter les évidences et creusent du mieux qu'ils le peuvent le cercueil des deux hommes, fermés à tout autre argument, si bien qu'on en vient très vite à la conclusion que c'est un coup monté.

Sans être habitué des affaires criminelles télévisuelles ni féru de droit, on voit tout de suite, rien qu'à la gueule des flics (ou celle de l'avocat véreux de Brendan qu'on a envie de gifler tellement il a l'air con), qu'ils sont tous malsains, vicieux, menteurs et manipulateurs. Toutes les preuves que Steven est innocent sont là, dans les images que le spectateur peut visionner, y compris dans ses conversations téléphoniques privées avec sa famille, où toute l'incompréhension et l'injustice dont il est victime ressortent de chaque mot.

Reste qu'il subsiste un mystère opaque : qui a tué la jeune Teresa ? On a quand même du mal à imaginer que ce soient les flics, mais tous les hasards malheureux qui accusent Steven de ce meurtre sont tellement à charge qu'on se demande si ce n'est pas le cas.

Aujourd'hui, Steven et Brendan sont toujours en prison. Le web regorge de messages de soutien (et quelques-uns de haine, aussi), il semblerait que la planète entière se soit passionnée pour cette affaire, et ce n'est pas prêt de s'arrêter.

Bref, la meilleure série de ce début d'année n'est pas une série, c'est un documentaire, et je vous le conseille fortement. Une fois que vous l'aurez vu, venez en discuter !


Trailer en anglais
(la série est dispo sur Netflix en français)

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