vendredi 20 mai 2016

Eagles Of Death Metal : après l'amour, la haine

Voici un copier-coller de ce que j'ai annoncé lors de mon direct sur www.premo.fr tout à l'heure, dans lequel je commente ce que j'écoute, deux fois par semaine :

Je suis très énervé, j'apprends que Rock en Seine a supprimé le concert des Eagles Of Death Metal parce que Jesse Hugues a (encore) dit une grosse connerie, raciste cette fois-ci.
Il n'aime pas les arabes, et alors ? Il aime Dieu, et alors ? Il est créationniste, il aime Trump, il aime les armes à feu, et alors ? Qu'est-ce qu'on s'en branle ? Pourquoi on va le titiller en lui posant des questions sur des sujets qui ne sont pas dans son champ d'action ? Ce mec est un chanteur de groupe de rock, il est complètement barge, on le sait, c'est pas Bono !

Au lieu de ça, shocking, on annule sa venue, on met sa main sur le coeur en poussant de petits cris d'orfraie. Mais dans ce cas, amis de Rock en Seine, va falloir sonder tous les autres groupes pour savoir s'il n'y aurait pas dedans un facho ou un apprenti-terroriste, ou un pro-Trump ou un pro-islam ou même des gens qui conduisent en état d'ivresse, parce que c'est mal, ou qui sont de gros machos misogynes, parce que c'est mal aussi ! Non ?
C'est nouveau, maintenant les organisateurs des concerts de rock vérifient que tous les groupes invités sont propres sur eux.
Et surtout, jusqu'à preuve du contraire, rien dans les paroles des chansons d'EODM, ni dans leurs actes, n'est répréhensible, et leur musique est fun, positive, elle a attiré plein de gens qui se sont fait flinguer... et Jesse Hugues parmi eux, eh oui, il est une victime mais vous en faites un coupable ! (d'ailleurs votre attitude est un peu une insulte à l'égard du public du Bataclan, vous croyez qu'il n'y seraient pas allés s'ils avaient su que Jesse Hugues était un connard raciste ?)

C'est pas votre boulot les mecs, s'il dit des choses répréhensibles faut attendre qu'une plainte soit déposée et que la justice y réponde ! Vous êtes qui, bande de branlos d'organisateurs de concerts à pognon pour prendre ce genre de décision ?
Vous me foutez la gerbe tiens. Pour la peine je vais écouter Eagles Of Death Metal. Sans compter que dans le groupe, il n'y a pas que Jesse Hugues, mais d'autres musiciens qui ont peut-être des idées tout à fait opposées à lui, et qu'un groupe de rock ne se résume pas à son seul chanteur.

lundi 16 mai 2016

Faut-il aller voir "Merci Patron" ?

On est en droit de se poser la question en effet, si l'on est un adepte de la Manif Pour Tous, de Marine Le Pen, de Valeurs Actuelles, du libéralisme effréné, bref si l'on est un doux enculé. Notez le "doux" que j'utilise volontairement au cas où l'on veuille me faire un procès, la liberté de penser et d'écrire ce que l'on veut étant peu à peu remise au placard. "Doux" est un terme affectueux, qui confère au terme assez grossier d'enculé une certaine altération (j'avoue, j'aime tout le monde).

Bref. Si l'on est comme ça, en effet inutile d'aller voir "Merci Patron !", on pensera qu'il ne s'agit que d'un complot de gauchistes dangereux, le couteau entre les dents.
En revanche, si l'on a eu, un jour, il y a 72 ans, des idées vaguement de gauche (et même du centre ou d'une droite modérée, allez, soyons fou), et que l'on se sent aujourd'hui paumé, incapable malgré soi de se dire qu'il y a encore quelque chose à sauver dans les mondes politique et économique qui nous gouvernent, alors oui, on doit foncer voir "Merci Patron", une oeuvre salutaire qui aura non seulement le mérite de faire marrer un bon coup, mais aussi de donner un peu - et ce n'est pas rien de le dire - d'espoir.

"Merci Patron !" est un documentaire qui passe dans les salles de cinéma qui veulent bien le passer, autant dire que pour le voir près de chez vous, si vous n'êtes pas Parisien (parigots têtes de veaux), nécessitera de bien surveiller l'actu via les réseaux qui vont bien (ici par exemple), mais aussi de réserver votre place (votre serviteur s'est fait refouler pour cause de surabondance de spectateurs, et il a dû attendre 10 jours avant une autre diffusion) et de ne pas faire fine bouche sur la date qu'on vous propose (si vous avez piscine, reportez).

La séance que j'ai pu voir était proposée avec un débat, on a donc pu avoir droit en sus à une petite présentation, et à aucune pub avant le film (ça c'était bien aussi). J'avoue ne pas être resté très longtemps au débat, j'avais piscine le lendemain.

"Merci Patron !", c'est l'histoire du réalisateur, François Ruffin, un brave gars bien de chez nous (lors du débat on nous a affirmé que lorsqu'il invitait quelqu'un à bouffer, il lui faisait du cassoulet en mettant directement la boîte dans une casserole, à la bonne franquette quoi - je n'aurais peut-être pas dû dire ça vous allez fuir), qui est parti en guerre contre les abus il y a déjà quelques années.

Il a monté un journal, "Fakir", une sorte de Charlie Hebdo en moins cynique et moins professionnel (ce n'est pas péjoratif) avec la participation de bon ombre de bonnes volontés, et il est aussi à l'origine de Nuit Debout (j'ai bien dit à l'origine, mais c'est pas lui le chef ! Y'a pas de chef). Son seul désir, si j'ai bien compris : unir tous les gens qui luttent ou qui voudraient lutter, fédérer les idées et créer un rassemblement de toutes les contestations, et unir les milieux populaires et la petite bourgeoisie, qui ensemble forment la meilleure parade contre les tout-puissants. Lesdites contestations étant grosso modo alter-mondialistes, écologiques, anti-capital, anti-libérales... bref de gauche, mais d'une gauche qui n'existe plus depuis longtemps, dévorée par les enarques, les écoles de commerce et qui lèche les bottes des grands patrons, du CAC 40 et de tout ce qui s'enrichit sans scrupules pour son propre profit.

Le sujet du documentaire est très simple : Ruffin et son équipe vont mettre en place tout un stratagème pour sauver une famille de ch'tis de la perte de leur maison, en leur évitant non seulement de se retrouver à la rue, mais aussi de retrouver une vie digne, avec un vrai travail et des revenus. En parallèle, il dézingue avec jouissance Bernard Arnault, pour certains un modèle, mais en réalité une vraie ordure qui devrait croupir en taule au lieu de se baigner dans du champagne (c'est une image, je ne sais pas dans quoi il se baigne). Ce type brise des vies partout sans les moindres scrupules, et il ne peut arguer de son ignorance tant il est attaché à son image : le film en fait d'ailleurs la preuve avec panache.
Avec lui, au passage, le gouvernement "socialiste" qui devrait vraiment virer le terme "social" de son nom.

Bref, Ruffin est un Robin des Bois moderne, même s'il s'en défendrait sûrement car on sent bien sa modestie et son honnêteté en toutes circonstances.

Ruffin dans une séance mémorable du film

Le film a déjà été vu par 400 000 personnes, rien que par le bouche à oreille et par quelques rares articles de presse, mais on comprend pourquoi : après l'avoir vu, vous aurez perdu une bonne partie de votre cynisme, de votre désespoir, de votre déprime, de votre àquoibonnisme. Certes, "Merci Patron"  ne donne pas de solutions, il traite juste un cas individuel, mais ça fait réfléchir.

Depuis deux mois qu'on assiste à des manifs et à des tabassages policiers, depuis deux mois que Nuit Debout tient debout, à Paris, Rennes, Nantes, Marseille, Toulouse, partout, il ne faut pas être sorti de Saint-Cyr pour constater que nous vivons quelque chose qui n'était pas arrivé depuis bien longtemps. "Merci Patron" en est un peu l'étendard, ou le déclencheur, et même si comme moi vous n'avez pas des masses la mentalité AMAP / dreadlocks / peace and love, même si vous n'êtes pas un anarchiste, un militant du parti communiste, un activiste gay, un punk à chien (il y en a mais ils ne sont pas forcément les plus représentatifs de Nuit Debout) mais juste quelqu'un qui souhaiterait un avenir meilleur pour ses enfants et un retour de valeurs comme la solidarité, l'humanité, le respect (en résumé "liberté, égalité, fraternité", si ça vous dit encore quelque chose), alors ça vaudra la peine de vous déplacer. Puis de réfléchir.

Alors oui, haut et fort, on peut le dire : "Merci, François" !

La bande-annonce du film


François Ruffin chez Ruquier, une interview très intéressante


jeudi 12 mai 2016

The Last Man On Earth

The Last Man on Earth (saison 1) est une mini-série américaine de 13 épisodes d'une vingtaine de minutes chacun. Le titre est alléchant, on pense immédiatement à une série de S-F., sur un thème pas si rebattu que ça : la fin du monde SANS zombies (comme le disent Orelsan et Gringe, je suis un peu bloqué). Une fin du monde avec un seul survivant donc, voilà de quoi laisser libre court à son imagination.
Or si le thème est bien la fin du monde, il n'est qu'un prétexte à Will Forte, le réalisateur et acteur dans le rôle principal pour laisser libre court à un humour profondément débile comme on l'aime. Mais hormis les éclats de rire de la loufoquerie ambiante (le héros est décidément très très con, mais il est aussi lâche et effronté menteur), on pourrait aussi voir en cette série une réflexion sur la célèbre maxime de Jean-Paul Sartre : "l'enfer, c'est les autres"... ou pas (on est vraiment trop occupés à se bidonner).


En effet, Phil Miller, notre malheureux dernier homme sur terre, va vite s'apercevoir qu'il n'est pas le dernier (expliquer cela est déjà un spoil en soit, mais difficile de faire autrement). Et comme le second personnage est une personnage, c'est-à-dire une femme, vous imaginez bien ce qui va passer dans la tête de l'un et de l'autre. 
Mais une femme, même la dernière sur terre, ne se donnera pas si facilement au mâle reproducteur.  Et c'est alors le début, pour le malheureux Phil, de quiproquos, malentendus, sous-entendus, jusqu'à ce que... Impossible ici de raconter la suite car vous n'en serez qu'au troisième épisode, mais je peux vous garantir que ça va partir en sucette, et que les rebondissements ne vont plus cesser jusqu'à l'ultime épisode.
Ajoutons que Will Forte est absolument impeccable et révèle un grand pouvoir comique grâce à ses mimiques, mais c'est aussi le cas pour Kristen Schaal qui joue Carol, et à tous les autres acteurs, parfaits (et voilà, j'ai spoilé, je n'irais néanmoins pas jusqu'à dire que l'on retrouve avec plaisir Betty Draper (January Jones), oui vous savez, la femme de Don Draper dans Mad Men, pour ne pas trop vous gâcher la surprise, ah ben zut c'est fait).
Bref en ces temps de marasme social et économique, mon petit 49.3 à moi sera de vous imposer le visionnage de cette saison 1 de The Last Man Of Earth. Quant à moi, je m'attaque à la saison 2, quasiment terminée.