jeudi 8 mars 2018

C'est la journée des meufs, et L7 se reforme

1991


Je n'ai pas connu le mouvement punk, j'étais trop jeune. Je m'y suis plongé 5 ou 6 ans plus tard, après avoir formé mes oreilles naissantes avec la "new-wave" au sens large, où on l'entendait à l'époque, et un peu de hard-rock, comme tout collégien rebelle qui se respectait (plus quelques errances bien naturelles quand on a 14 ans).

A partir de 1985/1986, j'étais devenu incollable sur l'actualité de la musique anglaise, je les connaissais tous, tous ces groupes habillés de noir aux cheveux hérissés. Anglais, donc, Français aussi un peu, mais quasiment pas Américains, il n'y avait rien hormis les B52's, Devo ou les Dead Kennedys. Et on s'en foutait.

Je n'avais pas vécu la vague punk, mais j'étais très à l'aise avec le post-punk, la new-wave, les nouveaux romantiques, les gothiques et tous ces mouvements interdits dans le monde des gros beaufs.
Il fallait bien que je me rattrape, n'ayant pas vécu le punk de tout près : car je ressentais bien, profondément, que j'avais loupé quelque chose. Et ce n'est pas parce que je m'étais bien rattrapé en m'acharnant à redécouvrir le moindre album ou single sorti entre 1976 et 1978 (après, on tombe dans la "new-wave") que je pouvais combler ce manque : être passé à côté de l'extraordinaire vent de liberté qui avait dû s'emparer de toute la jeunesse d'alors, du moins c'est ce que j'imaginais, au travers de tous les témoignages que je collectionnais.

Il fallait bien que je vive avec ce sentiment d'être arrivé trop tard, et je pouvais m'en contenter car il y avait quand même de sacréments bon trucs à se mettre sous la dent au milieu des 80's : New Order, The Cure, Siouxsie & The Banshees, Echo & The Bunnymen, Bauhaus, un peu plus tard The Smiths, That Petrol Emotion, etc.Seulement voilà : l'excitation ne dura pas très longtemps. A partir de 1987/1988, on commençait à sacrément s'emmerder, avec tous ces groupes qui soit se la pétaient, soit larmoyaient en permanence. The Mission et tous ces machins chiants comme la mort, je me demande aujourd'hui comment j'ai pu aimer ça.

1989, c'est sans doute le moment où tout s'est joué : soit vous passiez du bon côté, le "côté obscur de la force", soit vous vous vautriez dans votre ennui désespéré mortel et pleurnichard ("Ian Curtis, mon héros, Robert Smith, ma muse").
Le bon côté, il commençait à donner des coups d'épaule pour enfoncer la porte : les Pixies, par exemple, ce groupe étrange et rigolo, très inhabituel, venu de ce grand pays vide qu'étaient les USA, ou les DJ's d'Angleterre qui faisaient de la house music avec un sourire jusqu'aux oreilles et des yeux éclatés par les pilules d'ecstasy.
Il fallait être curieux pour s'y intéresser parce que c'était relativement éloigné de ce qu'on avait l'habitude d'entendre, et courageux aussi, parce qu'il fallait du coup assumer une certaine solitude par rapport à ses potes. Sans compter le look : comment s'habiller en noir quand on se met à la house ?

J'ai eu ma petite remise en question, car je sentais qu'il se passait quelque chose. C'était difficile à percevoir, mais il y avait un truc excitant, quelque chose de latent. Et puis tout s'est enchaîné très vite : Killing Joke est revenu de sa mièvrerie en pondant un album brutal en 1990, alors que les Pixies jouaient maintenant dans des stades et que l'extrême sauvagerie doublée de leur j'm'en foutisme rigolard m'envoyaient au septième ciel. Avec un an de retard, j'ai découvert avec stupeur l'extraordinaire "Daydream Nation" de Sonic Youth, puis le single dont tout le monde parlait, celui d'un groupe de Seattle, Mudhoney, "Touche Me I'm Sick", et d'un seul coup il n'y avait plus qu'un nom sur toutes les bouches : Sub Pop. On écoutait de la "sub pop" avant de parler de noise ou de grunge, et sans attendre ce fut au tour de Nirvana et "Smells Like Teen Spirit".

Et j'ai vécu mon mouvement punk.

Une vague immense, un tsunami, j'imagine qu'on a tous ressenti à ce moment-là le même phénomène qui s'était produit avec le punk : tous les jours sortait un nouveau groupe, un nouvel album, un machin qui vous sciait les jambes : des Etats-Unis (TAD, Soundgarden, Hole, Babes In Toyland, Jesus Lizard, Helmet, Ministry, Nine Inch Nails, Pavement, Love Battery, Cows, Unsane, Dinosaur Jr, Sebadoh, Boss Hog, Hammerhead, Prong, Seaweed...) mais aussi d'Angleterre (Ned's Atomic Dustbin, P.J. Harvey, The Future Sound Of London, Shamen, Curve, Ride, Lush, Fatima Mansions, Silverfish, Teenage FanClub...), voire de France (les Thugs, Welcome To Julian, Planete Zen, Diabologum, Skippies, Sister Iodine, Skippies, Cut The Navel String, Sloy...) ou de... Suisse (Young Gods). D'un seul coup, terminée la musique des années 80, terminées les coiffures gothiques, un vent de liberté soufflait partout et si vous n'en faisaiez pas partie vous étiez aussitôt un ringard, un has-been, et vous alliez le rester.

On ressentait cela profondément, quelque chose qui vous unifiait, qui vous portait, qui vous rendait différent, unique, privilégié : on croisait nos semblables dans des concerts de plus en plus remplis, animés, hystériques, bref magiques, on vivait l'Histoire en direct, avec la conscience aigüe de participer à un événement marquant de la grande saga du rock.




1995


Le mouvement s'est éteint, même si quelques groupes ont subsisté, même si d'excellents albums ont encore vu le jour. Tout s'est arrêté, grosso modo, avec la mort de Kurt Cobain. L'enthousiasme s'est éteint : on avait perdu. Et tout le monde a perdu la foi. On s'est repliés vers soit, le big beat, le breakbeat, la jungle et le trip-hop  arrivaient, des musiques paradoxalement moins festives même si elles faisaient les beaux jours des boîtes de nuits, car elles étaient beaucoup plus centrées sur soi : on dansait mais on dansait seuls, que ce soit avec les grands noms comme Chemical Brothers, Fatboy Slim, Underworld, Laurent Garnier ou n'importe quel DJ (Shadow et autres).




2018


Quelques groupes se sont reformés. Soundgarden, Sebadoh, Ride, Pixies, Lush, la plupart n'ayant pas réussi à franchir le cap de l'album unique ou du simple EP. Car comment retrouver l'enthousiasme quand les autres ne sont plus là, que la seule communauté subsistante est constituée de gens de 40 / 50 ans qui vivent sur le souvenir ? Toute commémoration, aussi réussie soit-elle, reste une commémoration.

Depuis 1991, de l'eau a coulé sous les ponts. Il y a eu d'excellents groupes, et toujours une actualité excitante. Mais pas de tsunami, pas de vague qui vous emporte. Trop de styles différents, trop de main-mise des médias et des maisons de disques. Alors on se contente de petites vaguelettes, éparses, propulsées par des groupes différents, ni au même moment ni au même endroit ni dans le même style. Tant pis, c'est déjà pas si mal.

Il y a quelques jours est sorti un nouveau single de L7, fabuleux groupe à la discographie sans faute, et le single est génial et aussi mordant qu'à l'époque où je découvrais Wargasm sur une cassette promotionnelle (vous savez, ce truc en plastique avec une bande magnétique), cassette que j'ai utilisée pendant 10 ans alors que j'achetais les albums suivants (et précédents) en CD, avant de récupérer les morceaux sur Napster (voyez Wikipédia si vous ne savez pas de quoi il s'agit) et de les graver sur un CD. Aujourd'hui ils sont sur Deezer, ça me suffit amplement.




L7, quoi de mieux pour rendre hommage aux femmes dont c'est "la journée", comme m'y incite Facebook en me demandant qui sont les femmes qui m'inspirent et que j'admire ? L7 (il y en a d'autres), quatre nanas sauvages toutes guitares dehors, quelque part entre hard rock, punk et grunge (pléonasme), quatre riot grrrls même si on ne les a jamais classées comme telles, quatre filles dont les six albums studio me tiennent compagnie depuis trente ans. Vivement le prochain.

"Get out of my way or I might... shove
Get out of my way or I'm gonna... shove"
(Shove)

Everglade



Andres



Pretend We're Dead
Le single qui les a fait connaître au monde entier



I Came Back To Bitch
Le nouveau single. Elles assurent à 50 balais non ?

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